Pour atteindre l’égalité, nul besoin d’écraser les hommes
Puja Koirala croit fermement en l’égalité. À ses yeux, il s’agit d’une question de société parce que « d’un point de vue existentiel, une profonde harmonie règne déjà au sein de l’humanité. Nous avons simplement oublié les caractéristiques de notre être naturel. Plutôt que de lutter contre le chauvinisme masculin au nom de l’égalité des genres, nous devons créer et maintenir une harmonie réciproque entre deux caractéristiques existentielles : le masculin et le féminin. »
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J’aime me présenter comme un être humain, ou plutôt comme un être qui apprend à devenir humain. Cette notion est loin d’être simplement biologique. Si les humains dominent aujourd’hui la Terre, l’univers ne tourne pas autour d’eux. Le cosmos est riche d’une diversité dans laquelle l’humain est l’être le plus évolué, car il a développé un sens des responsabilités à l’égard de tout ce qui l’entoure.

« J’ai toujours été rebelle de nature »

– Puja Koirala, Népal

Je détiens une maîtrise en administration des affaires. À l’université, j’étais déjà très impliquée dans la vie politique étudiante. De nature rebelle, je sentais que j’avais le devoir d’agir quand j’étais témoin d’inégalités sociales. Je voyais tant de problèmes récurrents : droits de la personne bafoués, violence, corruption, injustice. Je pense continuellement à toutes ces questions. J’ai tenté de trouver les meilleures solutions en militant au nom de la valeur humaine pour l’accès à des chances égales. Il était donc tout naturel pour moi de rejoindre les rangs de la Croix-Rouge du Népal en 2008. Je comprenais et j’admirais les valeurs humaines portées par les Principes fondamentaux et le travail international de cette organisation. Depuis, j’ai eu la chance de me perfectionner et de faire partie de diverses équipes à différents échelons. J’ai contribué à des programmes axés sur la gestion des catastrophes et des crises, les moyens de subsistance et la réduction des risques de catastrophe en milieu scolaire et communautaire. J’ai également exercé la fonction de maître-instructrice dans la formation de l’équipe d’intervenants d’urgence et au sein du programme en matière de protection, d’égalité des genres et d’inclusion (PGI).

Après le séisme dévastateur qui a ébranlé le Népal en 2015, nous avons déployé des efforts colossaux pour offrir des services de qualité en mettant en place des mesures de PGI. Notre société avait grandement besoin de services en matière d’inclusion, notamment pour gérer les divers problèmes de violence sexuelle ou fondée sur le genre (VSFG) qui augmentent toujours après une catastrophe. C’est pourquoi j’ai lancé une initiative visant le maintien d’un environnement sécuritaire pendant les opérations de rétablissement après le tremblement de terre. Cette initiative consistait à institutionnaliser le Code de conduite pour la protection de l’enfance et la lutte contre le harcèlement au sein de l’organisation. J’ai aussi mis en place un mécanisme de signalement permettant d’intervenir dans les cas d’actes de VSFG parmi le personnel, les bénévoles et les membres de la communauté. Ces démarches m’ont fait voir qu’il était grand temps de changer certaines façons de faire dans la société.

Au Népal, le rôle sociétal des femmes et des hommes est bien différent. Alors que les femmes s’occupent davantage des tâches ménagères, les hommes exercent d’autres responsabilités à l’extérieur du foyer. Notre culture et nos valeurs sont traditionnelles, c’est un fait. Ce constat ne signifie pas pour autant qu’il nous faut renier notre culture et nos valeurs pour atteindre l’égalité. Non, je ne crois pas qu’il y ait lieu de se battre. Plutôt que de lutter, nous devrions mettre en lumière les forces et qualités des femmes. Le mouvement d’inclusion des genres qui a pris naissance, non seulement au Népal mais partout dans le monde, doit permettre de créer un milieu égalitaire dans lequel nous permettons aux hommes et aux femmes d’exercer pleinement leurs qualités fondamentales. Car là où les forces sont égales, il n’y a pas lieu de se battre et de se faire violence. Au contraire, c’est là où l’harmonie forge la créativité, la paix et la prospérité.

Je crois fermement qu’un bon leader est une personne qui n’a pas peur de travailler sur elle-même, qui peut inspirer et influencer ses pairs. Je ne sais pas si je suis du lot, mais à mes yeux, les bons leaders n’ont besoin que d’une seule qualité : ils doivent être en mesure de distinguer clairement ce que les autres ne peuvent voir. C’est pourquoi je fais de mon mieux pour offrir une présence pacifique aux gens et aux dirigeants de mon pays, afin de leur faire comprendre la raison pour laquelle la PGI est nécessaire dans notre société et améliore notre qualité de vie. Chaque étape de ce processus représente un effort soutenu vers une société plus égalitaire. Chaque moyen utilisé pour y arriver doit aller droit au cœur des gens.

En effet, notre démarche n’est pas une fin en soi, mais un processus qui entraîne des résultats. Les valeurs que nous défendons ne seront pas servies si nous ne les incarnons pas au quotidien. C’est de cette façon qu’un peuple peut grandir, quand les personnes qui le forment commencent par poser de petits gestes quotidiens. Pas besoin de faire la révolution ou d’entreprendre une réforme! Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est apporter une présence pacifique, faire preuve d’intégrité et empreindre d’amour chacune de nos actions. C’est seulement de cette façon que nous pourrons devenir de meilleurs êtres humains.

Puja Koirala

Népal, 2008

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Entre 1990 et 2017, seulement 2 pour cent des médiateurs, 8 pour cent des négociateurs et 5 pour cent des témoins et des signataires des grands processus de paix étaient des femmes.

– UN Women

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