« Dans une société patriarcale, les femmes ont moins de moyens pour accomplir de grandes choses »
En 2013, alors qu’elle commençait ses études, Wiem Chamsi a pris la décision de consacrer ses temps libres au service de la société, décision qui l’a amenée à rejoindre les rangs du bureau régional du Croissant-Rouge tunisien à Hammam Sousse en Tunisie. Celle qui a pu voyager partout dans le monde grâce à son implication dans l’organisme raconte : « Mon parcours a contribué à façonner ma personnalité, en plus de me permettre de tisser de nouvelles amitiés et de participer à des projets qui ont un impact à l’international. »
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« Pour moi, c’est clair : m’impliquer dans le Croissant-Rouge tunisien a changé ma vie, non seulement parce que j’ai eu la chance d’acquérir de nombreuses compétences, mais aussi parce que ma façon de voir les choses et mes objectifs de vie se sont transformés pour le mieux. Ce cheminement a façonné ma personnalité en m’invitant à tracer des repères stratégiques, à repousser mes limites et à sortir de ma zone de confort pour découvrir de vastes possibilités, des ambitions de grandeur, des amitiés qui défient les frontières et des projets inspirants qui ont un impact à l’international. Tous les défis et toutes les difficultés que j’ai eu à surmonter durant ces années ont fait de moi la femme forte que je suis aujourd’hui. De l’extérieur, la réussite peut sembler facile à atteindre, mais la réalité est toute autre.

« Nous voulions insuffler un vent de transparence et d’égalité »

– Wiem Chamsi, Tunisie

Une des réussites qui me rend le plus fière est la rédaction de l’ébauche de notre politique nationale sur le bénévolat, que j’ai effectuée en collaboration avec les responsables des comités régionaux du Croissant-Rouge tunisien et d’autres jeunes bénévoles. Pour faire souffler un vent de transparence et de changement sur le pays, nous avons rédigé l’ébauche de la première politique nationale sur le bénévolat, qui lèverait enfin le voile sur la corruption présente dans la sphère humanitaire. Nous avons proposé notre propre définition de la corruption, que nous avons illustrée au moyen de divers exemples. Ensuite, nous avons lancé un cri du cœur à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens : nous leur demandions de lutter contre la corruption et de se joindre au mouvement international pour un monde humanitaire qui donne les mêmes chances à toutes et à tous, qui croit en ses jeunes et qui s’efforce de réduire les inégalités en tous points. L’ébauche a été rédigée en mars 2018. Encore à ce jour, nous nous battons pour en faire un texte officiel.

Faire partie du mouvement du Croissant-Rouge m’a montré à me battre, à ne jamais abandonner. Mon travail m’a donné la force et la passion qu’il me fallait pour mettre sur pied un groupe jeunesse dédié au changement. Notre mouvement, constitué de jeunes qui militent pour le changement, vise des objectifs de développement durable et des changements innovateurs au sein de la communauté. Par ailleurs, grâce à mon expérience au sein du Croissant-Rouge tunisien, j’ai été invitée à titre de jeune conférencière dans de nombreux événements régionaux et nationaux portant sur le leadership. Ces expériences m’ont permis de raconter mon parcours au sein de l’organisme et de prendre part à différents ateliers et programmes partout dans le monde, comme le programme d’accélération de l’innovation internationale de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Malgré ces expériences positives et encourageantes, il n’en reste pas moins intimidant pour une jeune femme de se retrouver à la tête d’un groupe composé exclusivement d’hommes. En effet, encore beaucoup de bénévoles du Croissant-Rouge tunisien, masculins pour la plupart, ne sont pas tout à fait à l’aise à l’idée qu’une femme les dirige. Manifestement, ils se demandent toujours si une jeune femme peut avoir l’étoffe d’une dirigeante. Il m’est pénible de le constater.

« Malheureusement, beaucoup se demandent encore si une jeune femme peut avoir l’étoffe d’une dirigeante »

– Wiem Chamsi, Tunisie

Une femme qui grandit dans une société patriarcale n’aura pas accès à tous les moyens nécessaires pour croire en elle-même, accomplir de grandes choses et dévoiler son vrai potentiel. Le patriarcat tait la voix des femmes et étouffe leur volonté de diriger. Heureusement, les réseaux sociaux ainsi que des militantes et militants jouent un rôle important en sensibilisant la population à de telles questions. Toutefois, nous avons besoin que des dirigeantes nées pavent la voie des générations à venir et brisent le silence pour en finir avec les fausses idées qui ne profitent qu’aux hommes. Confrontés comme nous le sommes à de telles limitations psychiques, la question qui s’impose est peut-être la suivante : comment donner aux femmes la capacité de croire en elles-mêmes et de diriger?

C’est là que le réseau Glow Red et les femmes fortes qui le composent entrent en jeu. Nous devons embrasser leur cause et nous engager à laisser place aux femmes dans nos réseaux, pour leur permettre d’innover, de prendre des décisions et de diriger. Se voir offrir l’occasion de diriger des équipes et des projets d’envergure apporte une confiance en soi et des compétences en leadership. Investir dans le leadership féminin ne s’arrête pas à une simple publication Facebook à propos des superpouvoirs des femmes. C’est un processus qui commence plutôt par un programme de mentorat pour aider les candidates à faire rayonner le changement. C’est l’occasion pour elles d’essayer, tout simplement : de faire des erreurs et d’en tirer des leçons. Mais au-delà de la sensibilisation, au-delà de l’aide témoignée à des femmes fortes pour qu’elles aussi croient en leur potentiel, il est tout aussi crucial de faire comprendre aux jeunes hommes l’importance de l’égalité des genres et du pouvoir du leadership féminin. »

Wiem Chamsi

Tunisie, 2013

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7 jeunes femmes pour 10 jeunes hommes achèvent le deuxième cycle du secondaire dans les pays à faible revenu. Si nous voulons davantage de futures dirigeantes, nous devons combler le fossé entre les sexes dans l'éducation.

– UN Women

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